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III – Ce que l’on nous dit…
1) La leçon des écrivains
Il est connu que les maitres nous recommandent l’équilibre ou l’abstention. C’est toujours la sagesse et la raison que l’on essaye de nous inculquer, pourtant les trois textes que nous allons étudier nous crient le contraire. « Vivez tant que vous le pouvez, profiter avant qu’il ne soit trop tard » on nous enseigne à présent la démesure et l’épicurisme.
Dorian Gray
Mignonne, allons voir si la rose… - Pierre de Ronsard
Si tu t'imagines - Raymond Queneau
Les trois textes que nous avons réunis ci-dessus sont des odes à la jeunesse et à la beauté qui l’accompagne. Ces éloges prennent des formes très similaires malgré leurs formes très différentes.
Nous retrouvons dans ces trois textes un schéma narratif commun, un homme vieilli s’adressant à une jeune personne pour lui apprendre la valeur de la jeunesse. Mais bien que le message soit le même, la relation qui est établie entre chacun des couples transforme entièrement la portée et le ton de l’enseignement.
Nous pouvons, en premier lieu rassembler les discours du personnage d'Oscar Wilde, Lord Henry, et Queneau. Ils ont en commun des discours très légers et ironiques. C’est sous leurs traits d’humour, leurs moqueries et leur insouciance apparente que se cache leur mise en garde contre la vieillesse.
Les énumérations drolatiques de Queneau « tes mignons biceps, tes ongles d’émail et ta cuisse de nymphe» renferment des vérités terribles surtout quand elles sont mises en opposition avec « la ride véloce, la pesante graisse » qui représentent la vieillesse trop proche.
La répétition de la phrase « Ce que tu te goures» donne aussi une image amusante, nous avons l’impression que l’auteur parle à un enfant naïf et candide.
Le seul moment où l’artiste semble plus grave, est exprimé dans « Mais toi ma petite tu marches tout droit vers ce que tu ne vois pas ». Cette métaphore peut être interprétée de deux manières, soit nous pouvons comprendre que la jeune fille va inéluctablement à la vieillesse , soit nous pouvons comprendre que l’auteur reproche à cette jeune fille de ne pas profiter de sa jeunesse et ainsi de marcher « tout droit », sur le chemin de la morale.
De la même façon, Lord Henry est un personnage désillusionné et ironique de nature, il ne peut se départir de son flegme naturel lors de sa conversation avec Dorian mais il semble tout de même passionné face à l’incroyable beauté du jeune homme. Comme Queneau il le prie de ne pas marcher « tout droit » et de ne pas s'adonner à des activités qui ne lui apporteront pas le bonheur.
Nous pouvons souligner que Queneau et Lord Henry semblent bienveillants à l’égard des jeunes personnes auxquelles, ils s’adressent mais nous voyons une distance entre eux. D’une certaine manière ces deux hommes poussent ces jeunes femmes à "cueillir le jour", donc à être épicuriennes mais ne proposent aucune aide dans la voie de cette philosophie "carpe diem".
Dans le cas de Lord Henry, il perd tout contrôle de son protégé et Dorian devient un monstre, un assassin. Et si nous observons plus précisément le personnage de Lord Henry nous pouvons voir que c’est un homme qui parle et provoque sans cesse mais qui n’agit jamais lui-même.
Ainsi, Lord Henry montre par ses agissements un désintérêt pour les conséquences de ses paroles et Queneau dans son texte ne semble avoir aucun destinataire précis, la «fillette» à qui s’adresse Ronsard ne semble pas être une personne réel. Il est donc détaché.
Quant à Ronsard, il paraît profondément bienveillant et aimant pour la jeune femme à laquelle il s’adresse. Il ne lui donne pas un conseil légèrement mais la supplie de le croire «Si vous me croyez». La destinatrice du poème, qui est citée dans le texte original, semble être protégée et tenue par la main. «Las ! Voyez comme en peu d’espace» et «Allons voir si la rose» sont des vers nous montrant l’attitude protectrice et la présence du poète aux côtés de cette jeune femme qu’il aime et à qui il semble enseigner la vie.
La réaction des auteurs semble aussi être marqué par un autre fait : Queneau et Ronsard s’adressent à des jeunes femmes et en leur parlant de la beauté qu’elles vont perdre avec l’âge, en s'adressant à des personnes de sexe opposé ces deux hommes créent une barrière entre eux et leurs interlocutrices.
Puisque, même s’ils aiment la personne à (laquelle) ils s’adressent ils parlent de choses qu’ils ne connaissent que pour les avoir observées, et non vécues. Nous ne retrouvons pas chez Lord Henry cette distance, il parle de son vécu et des hommes qu’il a vus. Nous pouvons penser qu’il cherche dans la jeunesse de Dorian Gray à se venger du temps qui est déjà passé pour lui. Cette réflexion permettrait d’expliquer l’attachement immédiat du Lord pour ce jeune homme.
Nous pouvons néanmoins nuancer cette dernière observation, sachant qu’Oscar Wilde était homosexuel nous pouvons peut être considérer que les trois auteurs est la même relation avec leurs interlocuteurs. Malgré cela ce vécut que possède Oscar Wilde en tant que homme le lie d’une manière différentes au jeune homme.
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