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I – La fuite du Temps
3) Les ravages du Temps
Ces trois textes ont été rassemblés car ils permettent de voir le même sujet, les effets du vieillissement, sous différents angles. Dans le premier texte le poète s’adresse à une femme encore très jeune, le second décrit d’une femme plus mure et le troisième parle de femmes tout à fait décrépis.
C’est cette vision de la femme sur toute une vie qui nous a intrigué, ce regard qui passe de l’amour à la pitié et à l’horreur.
Les petites vieilles - Charles Baudelaire
Le Monstre, ou le Paranymphe d'une nymphe macabre - Charles Baudelaire
Stances à Marquise - Pierre Corneille (étude de texte)
La fuite du temps effraie chacun de nous car elle nous rapproche seconde après seconde de la dernière échéance, la mort. Elle nous enlève la possibilité d’être insouciants, nous rappelant que bientôt nous allons disparaître et que chaque moment passé ne doit pas être gaspillé.
Pourtant dans les poèmes que nous avons réunis ici, ce n’est pas la mort qui inquiète et ecoeure les poètes, c’est la trace que laisse le temps sur notre corps, c’est la beauté qui nous fut offerte puis reprise l’instant d’après.
C’est ainsi que Corneille énonce à sa jeune marquise dans Stance à Marquise les mêmes vérités que Ronsard à sa jeune amante dans Mignonne allons voir si la rose… , même si Corneille est plus ironique dans son texte puisqu’il se moque de cette jeune fille qui se refuse à lui.
Le ton de Corneille semble plus menaçant à l’égare de cette jeune , qui le méprise, et la leçon qu’il lui donne ressemble à une malédiction.
« -Souvenez-vous qu'à mon âge
-Vous ne vaudrez guère mieux. »
Corneille semble admiratif face à la beauté de cette jeune femme et prend comme une insulte à son génie ou à son art le fait d’être rejeté).
« Vous ne passerez pour belle
Qu'autant que je l'aurai dit »
Il semble lui dire d’un ton moqueur que seule sa plume d’auteur pourra la faire croire belle dans mille ans. Bien que ce soit dans un sens très différent, on retrouve ce ton moqueur et cassant dans le poème Le Monstre de Baudelaire, lui s’adresse à une femme ayant déjà vécu et s’amuse à faire un éloge paradoxal à sa beauté, mais chaque figure de style, chaque phrase montrent son mépris pour cette femme de quarante ans :
« Bouillonnent en toi, vieux chaudron!
Tu n'es plus fraîche, ma très-chère »,
chaque mot choisi est insultant à l’extrême et bien qu’il nous explique qu’elle a quelques « agréments » ce n’est que pour nous parler de ses « salières » ou de ses yeux à l’éclat de la boue. Il achève son portrait en la renvoyant au diable sous prétexte de ne pouvoir la suivre dans ses folies. La moquerie est amenée à son paroxysme quand l’auteur révèle son amour pour le parfait, car cette femme est parfaite, c’est un monstre parfait.
« Vraiment oui! vieux monstre, je t'aime!”
Chacune de ses phrases est remplie d’ironie mais à l’inverse de Corneille, Baudelaire semble se moquer de la prétention qu’a cette femme de plaire encore sans sa jeunesse. Alors que Corneille apprenait à cette jeune femme l’avantage et l’immortalité que sa plume lui offrait si elle acceptait de courtiser « un grison ». On voit apparaître une entente entre le poète et la marquise, l’immortalité de la beauté dans les écrits en échange de son amour.
Dans son second poème, Les petites vieilles, Baudelaire nous propose une vision différente de ces femmes ayant vécu et bien que parfois il éprouve un certain effroi à l'égard de ces femmes) :« Ces monstres disloqués furent jadis des femmes ». Malgré le dégoût qu’il semble avoir pour leurs corps, leur vieillesse, on voit apparaître chez lui une douceur extrême pour ces êtres : « Ah! que j'en ai suivi de ces petites vieilles! ». Ces êtres qui semblent s’être retournés vers l’enfance. Il y a dans ce poème un champ lexical de l’enfance : marionnettes, petite fille, enfant , berceau , mettant en valeur l’amour paternel que semble porter Baudelaire à ces créatures dont le corps est devenu débile, « Ou dansent, sans vouloir danser ».
Bien que Baudelaire nous invite à aimer ces personnes, on perçoit tout de même l’horreur que lui inspire l’idée que autrefois ces monstres furent des femmes.
Ces textes ont été regroupés car bien qu’ils aient pour sujet des femmes extrêmement différentes, ils abordent le même sujet et mettent en évidence cette horreur que les Hommes ont de la vieillesse et que cette peur est finalement bien justifiée, car les premiers à nous reprocher de perdre notre beauté et notre jeunesse sont les regards extérieurs.
Ce corps que l’on nous donne et nous fuira peu importe nos actes. Les êtres aimés finiront par mépriser et haïr ce corps.. Nous ne serons bientôt plus que de « vieux chaudron(s) », des « grison(s) »
Ces vieilles, dont parle Baudelaire en se souvenant par instant que ces « monstres » furent des femmes, possèdent encore une âme qui rêve des jours passés et de leurs temps glorieux…
« -Voilà ce que vous amène le temps», nous disent en choeur ces poètes à la plume assassine et aux yeux clairvoyants.
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